Et si on parlait féminisme ?

Le féminisme. Vaste sujet, et qui suscite bien des réactions. Aujourd’hui, lorsqu’une personne se déclare féministe, elle est rapidement associée aux Femen, au MLF, bref à des mouvements extrêmes dont l’image publique est globalement mauvaise. Aux Etats-Unis, on parle ainsi de « feminazi ». Quand ce n’est pas ça, la féministe (mais pas le féministe, ici) est associée à un cliché assez peu flatteur : elle serait laide, frustrée, dégoutée par les hommes dont elle voudrait l’asservissement par rapport au genre féminin. Marion Seclin a d’ailleurs évoqué très bien évoqué le sujet, sur le ton de l’humour, dans une récente vidéo. Une autre attaque que l’on retrouve souvent à l’encontre des féministes et du féminisme en général : ça ne sert à rien, les femmes n’ont plus rien à revendiquer, elles ont déjà tout et même plus que les hommes.

feminisme
source : http://www.manifesto-21.com

Bon. Reprenons donc tout. Déjà, le/la féministe n’est pas forcément une femme, encore moins telle que dépeinte par les détracteurs du mouvement. Le/la féministe, c’est vous, c’est moi, le voisin ou la voisine – mais peut-être pas son chien quand même (quoi que). Ensuite, le/la féministe ne souhaite pas la suprématie de la femme sur l’homme – en fait, il/elle souhaite juste avancer vers une égalité entre les deux sexes (ce qui ne revient pas à nier les différences inhérentes à chacun !). Pour reprendre la définition du Larousse, le féminisme est un « mouvement militant pour l’amélioration et l’extension du rôle et des droits des femmes dans la société ».

Eh oui car, contrairement à ce qu’on peut entendre, aujourd’hui encore dans nos sociétés occidentales, les femmes n’ont ni les mêmes droits, ni le même rôle que leurs camarades masculins. Prenons les salaires – sûrement l’exemple le plus connu : selon une étude mise à jour en 2015 par l’INSEE, le salaire annuel moyen était de 27626e pour les hommes, contre 22424e pour les femmes. Dans une autre étude, parue en 2013, l’INSEE mettait en évidence que les femmes gagnent en moyenne 19% de moins que les hommes (à temps de travail et position équivalents), cette différence allant de près de 9% pour les employés à plus de 20% pour les cadres.

Mais le problème est plus vaste qu’une « simple » question de salaires. Ne serait-ce que dans l’espace public, les femmes n’ont pas la même liberté que les hommes : le blog Paye Ta Schnek, au fil des anecdotes publiées, montre de façon alarmante le harcèlement quotidien que subissent les femmes dans la rue, les transports publics… et parfois jusque dans la sphère privée (travail, amis qui se pensent autorisés à tenir certaine réflexions).

L’actualité est d’ailleurs éclairante sur ce point : ainsi, les récentes accusations de harcèlement dont a fait l’objet le député EELV Denis Baupin ont mis en évidence plusieurs choses. D’abord, le sujet commence à être pris en compte par les médias et les politiques – c’est bien. Mais très vite, on a pu assister à plusieurs réactions remettant en cause les accusations de certaines des victimes supposées, qui exagèreraient, n’auraient pas su interpréter des touches d’humour… De même, Amber Heard (l’actuelle épouse de Johnny Depp) a récemment accusé son compagnon de violences conjugales. Réactions observées sur la Toile ? La jeune femme serait une menteuse et ne proférerait de telles accusations que dans le but de « faire le buzz », voire de soutirer de l’argent à l’acteur.   Si les deux affaires dont je parle ici ne concernent pas le même pays, ni les mêmes acteurs, on est face à un même problème : les victimes supposées ne sont pas prises au sérieux, le harcèlement et le traitement dont peuvent être victimes les femmes sont minimisés. Et, insidieusement, cela se retourne aussi contre les hommes : un homme qui se dirait victime de harcèlement ou de violences ne serait pas pris au sérieux par la plupart de ses interlocuteurs, car en subissant ces actes il aurait été un homme « faible », sa « virilité » ne serait pas pleine.

Comment, dans une telle situation, peut-on encore dire que le féminisme ne « sert à rien » ? Comment peut-on affirmer que tous les combats ont été remportés par les femmes, qu’elles n’ont plus rien à acquérir ? Et d’ailleurs, comment peut on présenter le féminisme comme un simple combat opposant frontalement les hommes et les femmes, alors qu’il s’agit justement d’œuvrer ensemble vers un équilibre commun, satisfaisant pour les deux sexes ?

La situation actuelle est en décalage complet avec la réalité ; les femmes sont de plus en plus conscientes du rôle qu’elles ont à jouer et le revendiquent tandis qu’en parallèle, les évolutions ne se font que trop lentement. A nier le féminisme tel que défini plus haut et sa nécessité, une situation de blocage va forcément se produire, qui sera (et est déjà !) très préjudiciable au fonctionnement harmonieux de la société.

C’est pourquoi aujourd’hui, je l’affirme clairement et le défends : je suis féministe. C’est peu, mais c’est déjà un pas à mon échelle.

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2 réflexions sur “Et si on parlait féminisme ?

  1. Pas mal mais je trouve que l’exemple d’Amber Heard te dessert un peu. C’est très people, et pas assez pertinent puisque dans le showbizz ce genre d’affaires (où une femme clame qu’elle est battue) sont courantes… A part ça, t’aurais pu être plus violente dans tes propos. C’est assez vanillé tout ça. Sinon, à quand les prochains articles ? Faut y aller ma cocotte. Hop hop, on continue à écrire !

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    1. Merci pour ce retour ! Je suis justement en train de préparer d’autres papiers 🙂 Quant à l’exemple d’A. Heard, je comprends tout à fait ton point de vue et je n’ai d’ailleurs aucune idée de la véracité de ses affirmations mais je trouvais intéressant que pour la plupart des gens, c’était forcément mensonger et manipulateur. Après il est vrai que c’est un milieu particulier… Bonne journée en tout cas !

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