Et si on parlait baccalauréat ?

Hier, des milliers d’étudiants ont obtenu leurs résultats du baccalauréat. Pour ceux qui ont été admis, cela marque la fin du cycle secondaire et, éventuellement, l’entrée dans les études supérieures. Parmi les jeunes interrogés par les médias, on ne voit d’ailleurs presque que ceux-là : ceux qui ont passé un baccalauréat général ou technologique (S, ES, ou L ; STG, STI2D…) et s’apprêtent désormais à intégrer une école, une classe prépa, une université.

Mais comme d’habitude, quasiment pas un mot en revanche de ceux qui ont échoué, ni de ceux qui ont choisi une autre voie que la filière générale ou technologique ; rien non plus sur les nombreux autres parcours possibles et qui sont parfois plus prometteurs. Il faudrait pourtant se rendre compte que malgré sa figure de « sésame », le bac général/techno n’est aujourd’hui plus la garantie d’études brillantes ni de perspectives d’avenir intéressantes. Au contraire, il peut agir comme un frein pour des élèves qui s’acharnent à l’obtenir coûte que coûte, alors que d’autres chemins leur étaient ouverts.

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Source : http://www.lemonde.fr

D’abord, lorsque le baccalauréat a été créé en 1808, le taux de réussite avait beau être très élevé comme aujourd’hui (autour de 90%), seuls une quarantaine de candidats avaient présenté l’épreuve. Le baccalauréat était alors un moyen de distinction entre les étudiants. Par la suite, le nombre de prétendants au titre de bachelier s’est élargi (37.000 en 1926 et 237.000 en 1970) et le taux de réussite, après avoir fortement diminué au XXème siècle (30% en 1985) est reparti à la hausse (quasiment 87% pour les bacs généraux, technologiques et professionnels confondus, dont 91,9% pour le bac général). Conclusion : le baccalauréat n’est plus un outil de distinction entre les étudiants. Loin de moi l’idée de considérer que cette hausse du niveau d’éducation de la population, ou au moins son harmonisation, soit une mauvaise chose. Au contraire, il me semble positif que les citoyens d’un pays aient un socle commun de savoirs qu’ils partagent, particulièrement lorsque les divisions sont par ailleurs multiples. Mais forcément, un diplôme que la grande majorité des élèves du second cycle passent et obtiennent, ne permet plus de les différencier : il faut alors, soit se baser sur d’autres critères que les études (lesquels ? les écoles ne sont pas toujours des plus limpides à ce sujet, et on peut se poser des questions quant à leurs bonnes intentions…), soit « trier » parmi les bacheliers.

Une partie de la difficulté réside ici. Car en présentant le baccalauréat comme un « sésame », mettant au même niveau tous les élèves, on ne fait que reporter le problème ailleurs. Les écoles et les classes prépa se réfèrent ainsi au dossier des étudiants. Or, il est impossible de comparer de manière équivalente le dossier de deux élèves différents, dans des lycées différents avec une notation potentiellement différente. Les universités ont tenté de résoudre le problème en se basant sur un tirage au sort : c’est presque pire puisque dans ce cas, l’admission ou non des étudiants dans l’université de leur choix ne repose finalement sur rien, un étudiant brillant pouvant se retrouver non-affecté tandis qu’un étudiant qui ne sera finalement pas admis au bac serait pris dans une fac.

 

L’autre souci majeur, c’est cette tendance à hiérarchiser les baccalauréats. Le bac est censé attester d’un niveau commun entre tous ceux qui l’ont obtenu à peu près au même moment. Pourtant, on entend invariablement des réflexions sur « la S, voie royale », « la ES, classe poubelle », et la L « pour les gens bizarres ou qui veulent faire prof » ; les filières technologiques seraient bonnes pour « ceux qui ont trop la flemme », quant aux filières professionnelles, on n’en entend tout simplement pas parler. En conséquence, la plupart des élèves sont persuadés de foncer dans le mur s’ils n’obtiennent pas un bac général. Non seulement cela génère une pression peu agréable, mais c’est faux ! Un bac technologique a des débouchés proches (sinon similaires) à ceux d’un bac général – il est tout à fait possible d’intégrer une faculté de droit après un bac STG par exemple – mais il ouvre en plus la porte à des voies plus professionnalisantes pouvant correspondre à des élèves qui ne supportent pas l’idée de recevoir un enseignement long et purement théorique. De même pour les bacs professionnels qui permettent d’avoir déjà un pied dans la vie active tout en construisant une base de connaissances. Ces voies permettent de s’assurer des expériences professionnelles rapidement après la fin du lycée, voire pendant – ce qui n’est pas négligeable dans le contexte économique actuel.

Ceci dit, l’ennui vient aussi du fait que l’information au sujet des différentes possibilités est restreinte, lorsqu’elle n’est pas inexistante, et les lycées proposant ces voies alternatives sont peu nombreux. Les élèves qui se lancent dans des voies classiques (bac général, puis université par exemple) en étant persuadés qu’il n’y a rien d’autre, et découvrent après coup qu’ils avaient de nombreux autres choix mais qu’il est trop tard, sont nombreux.

 

Bref, le baccalauréat donne une impression de bon niveau général mais ne fait que cacher les disparités, gommer les différences de profils entre étudiants pour mieux les révéler plus tard, trop tard, lorsque ceux-ci voient les choix qu’ils avaient initialement se restreindre. Certes, le baccalauréat est une institution fondatrice en France, et ce rituel annuel de la semaine d’épreuves ouverte par le casse-tête de philosophie a quelque chose de rassurant. Mais, sous sa forme actuelle, il est obsolète. Un baccalauréat qui harmonise le niveau des jeunes ? Oui, si l’on veut. Mais un baccalauréat qui ouvrirait les portes des études supérieures pour tous ? Certainement pas. En vérité, aujourd’hui, cet examen sert plus à bloquer dans leur progression les recalés qu’à donner une dynamique aux admis.

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3 réflexions sur “Et si on parlait baccalauréat ?

  1. Oui à la remarque du bac comme socle commun de connaissances et rassembleur des élèves d’une nation…
    Mais sur le taux de réussite de quoi parle-t-on? Je suppose que la masse des étudiants a explosé, veut-on dire que si le pourcentage reste similaire néanmoins l’augmentation de la population dilue l’impact du diplôme?

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    1. Oui voilà c’était l’idée : certes dès le départ il y a eu un fort taux de réussite, mais ça ne veut pas dire la même chose selon que le panel d’étudiants est de 30 ou 300.000. D’où l’obligation ensuite pour les écoles etc. de refaire un « tri », alors que le bac était censé être lui-même l’outil de sélection pour accéder aux études supérieures.

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