Et si on parlait valeurs sportives ?

Ça y est, depuis maintenant une semaine, l’évènement sportif du mois d’août est terminé : les JO de Rio sont finis. Finalement, tout ne s’est pas si mal passé : pas de catastrophe sanitaire, les sportifs français battent leur record en termes de quantités de médailles… Mais si on se tourne du côté des valeurs du sport, le tableau n’est pas tellement réjouissant. Les jeux olympiques ont, une fois encore, mis en avant les nombreux problèmes qui accompagnent le sport à haut niveau ces dernières années : dopage, corruption.

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(c) AFP

Certes, le dopage est né avec les progrès de la science et est donc une réalité depuis la seconde moitié du XXème siècle – il est ainsi connu que le célèbre haltérophile russe Vassili Axeleiev prenait produits aujourd’hui considérés comme dopants. Mais aujourd’hui, les affaires semblent se multiplier, ou du moins être plus médiatisées. Après l’affaire Platini-Blatter à partir de mai 2015, l’affaire de la sextape cette année, il y a eu les questionnements liés à la participation de la fédération russe aux JO en raison du grand nombre d’athlètes dopés, puis encore des dénonciations au cours des jeux. Dans tous ces scandales, sont en jeu soit de l’argent et du pouvoir, soit des substances prohibées en compétition. Ils ont aussi en commun de ternir l’image du sport, d’affaiblir les « valeurs sportives » qui sont d’ordinaires tant vantées : dépassement de soi, solidarité…

S’agissant des affaires de dopage, « passe encore ». Oui, cela va à l’encontre des « valeurs sportives » de prendre des produits pour améliorer ses performances, alors que ces produits sont dangereux pour la santé, que ses adversaires n’y ont pas forcément accès, et qu’ils sont prohibés, tout simplement. Mais la science avance plus vite que les CIO et autres Agence Mondiale Antidopage : par conséquent, les produits sont bien souvent interdits après qu’ils aient été mis au point et utilisés de sorte que, forcément, des athlètes seront sanctionnés a posteriori, entachant leur réputation. D’autant que la tendance, tant dans les instances sportives que dans le public, semble être à la sévérité. En outre, le temps que les prélèvements soient analysés, l’échéance sportive est bien souvent passée : là encore, normal que la sanction intervienne après coup et éclabousse les succès des sportifs.

Les affaires de corruption me paraissent plus graves, tant d’un point de vue moral que du côté des conséquences qu’elles ont sur l’image du sport. Dans un rapport rendu en 2008, Transparency International définit celle-ci comme « l’abus, à des fins privées, d’un pouvoir dont on est investi« , pouvoir pouvant résider dans une position, de l’argent, une influence morale ou sociale… C’est là, qu’est le noeud du problème. Le sport n’est pas qu’un loisir : il véhicule et traduit des images, des valeurs, dans l’inconscient collectif (le triste exemple des fascismes et leur usage de l’imagerie du sport l’a montré…). Cela donne donc aux sportifs et aux acteurs qui les entourent un certain pouvoir. Il suffit de voir la façon dont les fans s’enflamment lors des grands évènements… Grands évènements qui, en plus de passionner les foules, génèrent un argent considérable : 2 milliards d’euros de recettes pour l’Euro 2016 par exemple. Enfin, ces évènements ont l’avantage de détourner l’attention de la population et de souder celle-ci autour de ses champions, voire de remonter le moral du pays si les résultats sportifs sont au rendez-vous (voir, là encore, les effets de l’euro 2016 en France). Ils constituent donc un véritable atout politique pour les pays hôtes (sans même parler du rayonnement international qu’ils procurent).

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(c) EMPICS Sport

Pouvoir, argent, politique : quelle meilleure recette pour faire fermenter un peu de corruption ? Car ce cocktail miraculeux pousse tous les acteurs en présence (sportifs en quête d’amour et de réussite, politiques à la recherche d’un peu de positif dans leur bilan, patrons d’instances sportives désireux d’accroître encore un peu leur influence) à vouloir que leur pays, leur athlète, etc. remporte autant de médailles que possible, repousse les limites encore un peu plus. Et cette quête absolue de la victoire sur tous les plans entraîne, forcément, de la corruption. Corruption qui entraîne du dopage : pour que tel ou tel entraîneur puisse honorer sa promesse par exemple, il faudra bien que son sportif se démène encore plus, etc. On voit bien le genre de cercle vicieux que cette dynamique entraîne. Le problème, c’est que les agences et le public sont de plus en plus pointilleux et que les affaires éclatent aujourd’hui davantage. Et on arrive alors au résultat inverse à celui souhaité : le sportif dopé, qui devait faire briller son pays, est déchu de son piédestal et cela a des conséquences sur la réputation de son pays d’origine (comme ç’a été le cas cet été pour la fédération olympique russe)  ; le dirigeant corrompu, qui orchestrait les opérations selon ses intérêts ou ceux de ses commanditaires, finit par ternir l’image de son organisation toute entière et à terme, du sport lui-même.

Malgré tout, je ne pense pas, à la différence de certains, que le sport soit par nature corrompu. Au contraire, c’est une très belle invention qui, utilisée à bon escient, fait du bien au corps et à l’esprit de ceux qui le pratiquent, mais aussi au moral de ceux qui le regardent. C’est une discipline qui permet de s’élever, de se dépasser, ce pour quoi j’ai énormément de respect. En revanche, je suis persuadée qu’en raison de tout ce qu’il recèle, le sport à haut niveau est un terrain fertile pour des personnes malhonnêtes qui y voient un moyen aisé de parvenir à leurs fins, quelles qu’elles soient. Il faudrait donc, à mon sens, écarter les politiques du sport ; en réglementer également la dimension financière ; bref revenir aux fondamentaux sportifs, ceux qui continuent de faire vibrer des milliers de personnes. La création de tribunaux indépendants (comme le Tribunal arbitral sportif) et de commissions est certes un premier pas, mais à l’évidence insuffisant. Pour avancer un peu plus, il faudrait arrêter de nier le problème pour permettre une discussion sur la question. Appliquer véritablement les lois (tant celles des institutions sportives que celles des Etats) serait également un progrès. Surtout, comme toujours, il vaut mieux prévenir que guérir : sensibiliser et discuter avec les nouveaux acteurs sportifs permettrait peut-être de prendre le problème à la racine et d’empêcher que le cycle ne se poursuive à l’infini.

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