Alain Juppé, ou de l’Éducation

Depuis la deuxième moitié du mois d’août, la campagne pour la présidentielle s’est intensifiée. C’est particulièrement le cas au sein du camp des Républicains, en vue de la primaire de la droite et du centre qui se tiendra en novembre. Au coeur d’une campagne très axée sur l’identité et la sécurité, Alain Juppé a, lui, choisi de continuer à aborder les sujets qui lui sont chers plutôt que de suivre l’agenda politique que d’autres tentent d’imposer (suivez mon regard…).

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(c) AFP/Thibaud Moritz

Dans une tribune parue dans Le Monde ce jeudi 1er septembre, et à l’occasion de la mise en place de la réforme des collèges, le maire de Bordeaux livre son diagnostic sur l’éducation aujourd’hui en France. Et, comment dire ? Un peu de bon sens, ça fait du bien. Je ne suis pas forcément d’accord avec tous les positionnements de M. Juppé. Mais il faut bien admettre que, sur ce point, sa voix gagnerait à être entendue.

Pour commencer, le doyen de la compétition trouve absurde l’obsession de vouloir tout régenter de Paris, au regard de la variété des élèves. Cela rejoint, d’une certaine façon, mes pensées sur le baccalauréat : on ne peut pas continuer d’essayer d’imposer le même carcan, la même façon d’enseigner et d’apprendre à tous, alors que tous les élèves ne fonctionnent pas de la même manière. Au mieux, c’est inefficace ; au pire, c’est complètement décourageant et pousse au décrochage. Ce qui est, je crois, l’opposé du but visé… Au contraire il faudrait, juge-t-il, proposer plus d’options en mettant en place « des dispositifs de soutien individuel adaptés, des options artistiques ou scientifiques lourdes ou des filières de langue renforcée « . Depuis le temps que les élèves le demandent ! Car, se déplacer à l’autre bout de sa ville pour pouvoir assister à un cours est anormal, chronophage, et franchement décourageant pour des collégiens ou lycéens qui finissent pas abandonner. D’autant que les options qui existent déjà sont franchement peu valorisées…

Autre suggestion de M. Juppé : se concentrer sur l’enfance et la petite enfance. Cela semble relever de l’évidence tant on sait aujourd’hui à quel point les premières années de la vie sont cruciales en termes d’apprentissage et de développement. Mais le fait est que les multiples réformes du lycée (en 2009 et 2012) puis du collège (en 2016, donc) montrent que les gouvernements successifs se sont manifestement trompés de priorités. A moins qu’ils n’aient privilégié l’effet à court terme, visible, d’une modification des programmes du cycle secondaire plutôt que l’effet de long terme d’une modification des façons d’enseigner au cycle primaire…

Le maire de Bordeaux appelle enfin à ce que le corps enseignant soit associé au processus de réforme. « Rien ne pourra se faire sans l’engagement des enseignants« , affirme-t-il. Là encore, la proposition paraît être une banalité… Pourtant, le gouvernement a étalé cette année son incapacité à communiquer avec les principaux intéressés par les réformes en cours : les syndicats et les jeunes ont bien peu été entendus au cours de la préparation de la loi El Khomri ; les vastes manifestations d’enseignants en janvier 2016 ont eu relativement peu d’effets. Il paraît pourtant clair que les enseignants et autres professionnels de l’éducation (proviseurs, CPE…), sur le terrain toute l’année, sont plus à même de savoir ce qui est faisable ou non, efficace ou pas. Il ne s’agit pas de nier l’importance des rapports gouvernementaux et le rôle des experts dans la construction de réformes d’ampleur, mais simplement de dire que ceux-ci ne peuvent être pertinents qu’en complément d’une consultation de ceux qui, chaque jour, sont investis de la mission d’enseigner. Et, il me semble que des acteurs enthousiastes et impliqués rendraient la mise en place de la réforme plus opérante que des enseignants qui se la voient imposer et risquent de l’appliquer sans grande conviction, par dépit.

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(c) Reuters/Jean-Paul Pélissier

En-dehors des problèmes soulevés par Juppé, je m’interroge : n’y a-t-il pas des points, dans le secteur de l’éducation, pour lesquels il est plus urgent d’investir de l’énergie et de l’argent ? Au hasard : les conditions de travail déplorables des enseignants en REP ; le manque de formation de ceux-ci en matière de nouveaux outils informatiques ; la mise en place d’une information adéquate et accessible aux élèves concernant les voies alternatives. Surtout, le fait que des truismes tels que ceux énoncés ce jeudi dans Le Monde paraissent innovants et agissent comme une bouffée d’air frais et de bon sens, est révélateur de la façon dont les gouvernements se sont, ces dernières années, égarés dans des réflexions plus que brouillonnes sur l’éducation, s’éloignant ainsi de principes de base du sens commun et contribuant à la dégradation du système éducatif.

 

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