L’Emission Politique sur France 2, une première mitigée

Qui dit « rentrée » dit rentrée scolaire, professionnelle, littéraire, mais aussi audiovisuelle. Là où l’an passé l’offre n’avait pas spécialement évolué, cette année est celle du grand chambardement au royaume du CSA : lancement d’une nouvelle chaîne d’information en continu, déménagement (ô combien médiatisé !) de Yann Barthès sur TF1 et TMC, lancement de nouveaux programmes…

Au milieu de ce paysage décidément très renouvelé, l' »Émission Politique » (France 2, tous les jeudis soirs à 21h) se propose de décrypter chaque semaine le programme d’un invité politique, ce dans le cadre de la course à la présidentielle 2017. Ce jeudi 15 septembre 2016, pour le lancement du programme, l’invité choisi ne pouvait qu’attirer les regards sur l’émission : il n’était autre que Nicolas Sarkozy, ancien chef de l’Etat et candidat à la primaire de la droite, qui décidément fait parler de lui en ce moment. Si son intervention a (déjà !) été largement commentée et décryptée, le programme en lui-même mérite qu’on s’y attarde. Il était prometteur, mais son visionnage reste un peu décevant.

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À y regarder de loin, L’Emission Politique ne propose rien de fondamentalement nouveau : un invité politique, des questions d’actualité ou programmatiques, du débat qui finit fatalement par tourner à l’échange d’exclamations sans queue ni tête pour tenter de retrouver la parole – jusque-là, rien que de très classique. Ceci dit, l’ajout de certains éléments enrichit un concept autrement déjà décliné à l’envi. L’invitation de membres de la société civile qui ont la parole et dialoguent avec l’invité principal pendant 25 minutes permet par exemple de re-contextualiser l’échange, de lui donner une assise dans le réel – évitant ainsi l’écueil d’un débat aseptisé et confiné dans l’univers clos d’un studio. Dommage, à cet égard, que les intervenants choisis aient eux-mêmes un parcours assez (voire carrément) politisé, et fassent partie d’une certaine « élite » : cette semaine, Nicolas Sarkozy faisait ainsi face à Mohamed Bajrafil (imam d’Ivry-sur-Seine, auteur d’un livre à succès et intervenant fréquent sur les questions de l’islam), un élu Front National… Dommage aussi – mais il y a là des impératifs posés par la grille des programmes – que cette séquence ne dure que 25 minutes, laissant finalement assez peu de temps aux trois invités pour poser leur question et y recevoir une réponse sinon satisfaisante, au moins complète.

Intéressante également, l’idée du « baromètre » en fin d’émission : un animateur vient présenter, grâce au concours d’Harris Interactive, les résultats d’un sondage effectué auprès de téléspectateurs afin de jauger la performance de l’invité. Cette initiative offre un retour immédiat non seulement sur l’audience reçue par le programme (avec le décompte du nombre de tweets notamment) mais aussi sur le succès de l’intervention de l’homme politique présent. Ceci dit, le problème posé est le même que pour tout autre sondage : le panel choisi (ici, plus de 1000 Français volontaires) n’est pas nécessairement représentatif et, dans le cadre de ce type d’émissions, on peut se demander si les sympathisants de l’invité politique ne seraient pas plus enclins à se porter volontaire que le reste des citoyens – ce qui bien sûr viendrait fausser le résultat final. Quant au fait de proposer un aperçu des idées et programmes des invités sur une variété la plus large possible de sujets (le concept même sur lequel repose l’émission), il est à double tranchant. Certes, cela permet de lever un maximum de zones d’ombre mais, vu le nombre de sujets abordés durant le temps imparti, il est malheureusement impossible d’approfondir ceux-ci. Le risque est alors de ne finalement rien apprendre de plus que ce que l’invité avait déjà bien voulu dire et répéter dans les médias. Il en va ainsi de l’intervention de Nicolas Sarkozy : si elle était ponctuée de « phrases-choc » – « L’Europe ne peut pas accueillir toute l’Afrique. » ; ne libérer les fichés S qu’une fois « leur cerveau remis à l’endroit » – destinées sûrement à montrer à son électorat le plus droitier qu’il n’a pas perdu le sens de la répartie, elle n’était pas particulièrement instructive. Le candidat à la primaire de la droite s’est en fait contenté de répéter en direct ce qu’il affirmait déjà à l’occasion de chacune de ses apparitions dans les médias. Pourtant, ce n’était pas dû à un manque de pugnacité de la part des journalistes : David Pujadas, habitué de l’animation des débats politiques sur France 2, est rompu à l’exercice ; quant à Léa Salamé, après deux ans à interroger des invités politiques de tous bords sur On n’est pas couché, la tâche n’avait rien de nouveau pour elle. Le maire avec qui Nicolas Sarkozy a débattu n’est pas non plus en cause : malgré les tentatives de ce dernier de réduire ses arguments à néant, il a tenu bon tout au long de l’échange. Malgré tout, le visionnage de l’émission laissait un goût d’inachevé, d’incomplétude. L’impression de ne rien savoir de plus finalement – pas nécessairement d’avoir perdu son temps, car les points soulevés par certains des interlocuteurs de l’ancien chef de file de LR étaient assez intéressants. C’est là, je pense, le plus gros écueil de l’émission : est-il lié au concept de celle-ci en lui-même, ou à l’art qu’a M. Sarkozy de faire l’autruche, il faudra regarder d’autres éditions pour le savoir.

Pour cette première, L’Emission Politique laisse donc un sentiment partagé. La satisfaction d’un programme qui se propose de passe en revue les propositions de politiciens de tous bords (le prochain invité est Arnaud Montebourg, pas exactement le même positionnement que Nicolas Sarkozy), l’intérêt face à la façon d’organiser l’émission ; mais aussi l’impression que l’idée n’a pas été exploitée jusqu’au bout, que sa mise en pratique se révèle superficielle. Espérons que les prochaines semaines démentiront ce propos, car l’Emission Politique est, sur le papier, une idée intéressante pour permettre à tous de faire un choix réfléchi lors des élections.

Pour visionner le replay de l’émission (jusqu’au 21/09 minuit) : ici.

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