Après les primaires PS, les militants en quête de neuf

Le 29 janvier s’est tenu le second tour des primaires de la gauche, qui ont désigné comme vainqueur Benoît Hamon face à Manuel Valls. En dépit des prises de positions parfois radicalement différentes des deux candidats, deux mots d’ordre dominent aujourd’hui chez les militants : apaisement et nouveauté.  

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(c) AFP/Philippe Lopez

On aurait pu s’attendre, au vu des profondes divergences entre le camp vallsien et le camp de Benoît Hamon, à ce que leurs militants respectifs hésitent, au moins, à défendre l’autre à l’issue des primaires. Mais l’ambiance générale est toute autre. À la fédération du 11ème arrondissement de Paris par exemple, rue Alexandre Dumas, Aleksander Glogowski (community manager pour le PS et militant) est catégorique : « j’ai voté pour investir Mme El Khomri dans le 18ème, j’ai voté Peillon au 1er tour, donc je suis plutôt dans la ligne de Valls. Mais pour moi, la question ne se pose même pas, je soutiendrai Benoît Hamon ». Alors que du côté des Républicains, les militants des divers candidats et leurs soutiens se chamaillent encore, rue de Solférino il est hors de question de refuser de militer pour le vainqueur. Certains s’interrogent, c’est vrai, « mais on a eu très peu de claquements de porte ». Question de respect du vote, affirment les militants : selon eux « il y a eu un moment démocratique, les gens se sont exprimés, on ne va pas nier le fait majoritaire ». Quitte à serrer les dents.

Militer pour un candidat qui n’était pas forcément le sien, sur le principe pourquoi pas, donc. Mais comment faire pour toucher une base électorale plus large, et ce rapidement ? Dans un parti divisé en interne et qui semble avoir du mal à s’adapter aux nouvelles formes de communication, on tente de se renouveler. Pour les militants, la première leçon à retenir de ce scrutin est que « militer juste sur le Net ou juste dans la rue, ça ne marche pas. Il faut combiner les deux, sinon c’est inefficace et d’ailleurs l’action sur le terrain finit par nous manquer. Mais à part ça, on va faire comme avant. ». Comme avant… vraiment ? Car si les militants ne comptent pas abandonner le tractage ou l’affichage, comme en témoigne l’impressionnante pile de tracts rue Alexandre Dumas, un vent de nouveauté souffle tout de même sur les stratégies militantes du PS : Aleksander Glogowski souligne par exemple les stand-up organisés par Arnaud Montebourg et ses soutiens lors de la campagne ; et la section du Xème arrondissement de Paris a utilisé des méthodes pratiquées en Allemagne pour l’affichage, en se servant de banderoles par exemple.

Surtout, un poste de secrétaire fédéral chargé des nouvelles formes de militantisme a été créé au sein des fédérations PS, afin précisément de se tourner vers un militantisme innovant et peut être plus séducteur, car malgré les deux millions de votants aux primaires, le constat est sans appel : les militants sont moins nombreux, les électeurs aussi, et c’est un cercle vicieux. Dans le 11ème, ce poste est occupé par Philippe Allard. Pour lui, la réflexion doit s’articuler autour du renouvellement de la place du militant au sein du parti, « afin de mieux prendre en compte ses opinions », et l’ouverture sur la société pour relancer une dynamique d’adhésion, via les outils numériques par exemple. Les militants ont beau ne pas vouloir abandonner les méthodes « à l’ancienne », il n’en demeure pas moins que la piste technologique est inévitable : « cela permet aussi aux citoyens de participer à des sujets sans adhérer pour autant » ce qui d’une part a une vertu démocratique et d’autre part rendra le parti plus visible. Comme pour s’excuser de la généralité de ces propositions, les militants tempèrent cependant : « pour le moment, on attend de voir comment ça va se passer avec Benoit, la place qu’aura le parti dans sa campagne. C’est encore trop frais pour juger. » À environ deux mois du premier tour des présidentielles, il serait pourtant temps d’agir – d’autant que plutôt qu’entre Manuel Valls et B. Hamon, ce sont désormais des tensions avec Macron qui se font ressentir, le président de l’Assemblée nationale lui-même, Claude Bartolone, ayant avoué toujours hésiter entre soutenir le vainqueur de la primaire socialiste ou le dirigeant du mouvement En marche !.