Après les primaires PS, les militants en quête de neuf

Le 29 janvier s’est tenu le second tour des primaires de la gauche, qui ont désigné comme vainqueur Benoît Hamon face à Manuel Valls. En dépit des prises de positions parfois radicalement différentes des deux candidats, deux mots d’ordre dominent aujourd’hui chez les militants : apaisement et nouveauté.  

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(c) AFP/Philippe Lopez

On aurait pu s’attendre, au vu des profondes divergences entre le camp vallsien et le camp de Benoît Hamon, à ce que leurs militants respectifs hésitent, au moins, à défendre l’autre à l’issue des primaires. Mais l’ambiance générale est toute autre. À la fédération du 11ème arrondissement de Paris par exemple, rue Alexandre Dumas, Aleksander Glogowski (community manager pour le PS et militant) est catégorique : « j’ai voté pour investir Mme El Khomri dans le 18ème, j’ai voté Peillon au 1er tour, donc je suis plutôt dans la ligne de Valls. Mais pour moi, la question ne se pose même pas, je soutiendrai Benoît Hamon ». Alors que du côté des Républicains, les militants des divers candidats et leurs soutiens se chamaillent encore, rue de Solférino il est hors de question de refuser de militer pour le vainqueur. Certains s’interrogent, c’est vrai, « mais on a eu très peu de claquements de porte ». Question de respect du vote, affirment les militants : selon eux « il y a eu un moment démocratique, les gens se sont exprimés, on ne va pas nier le fait majoritaire ». Quitte à serrer les dents.

Militer pour un candidat qui n’était pas forcément le sien, sur le principe pourquoi pas, donc. Mais comment faire pour toucher une base électorale plus large, et ce rapidement ? Dans un parti divisé en interne et qui semble avoir du mal à s’adapter aux nouvelles formes de communication, on tente de se renouveler. Pour les militants, la première leçon à retenir de ce scrutin est que « militer juste sur le Net ou juste dans la rue, ça ne marche pas. Il faut combiner les deux, sinon c’est inefficace et d’ailleurs l’action sur le terrain finit par nous manquer. Mais à part ça, on va faire comme avant. ». Comme avant… vraiment ? Car si les militants ne comptent pas abandonner le tractage ou l’affichage, comme en témoigne l’impressionnante pile de tracts rue Alexandre Dumas, un vent de nouveauté souffle tout de même sur les stratégies militantes du PS : Aleksander Glogowski souligne par exemple les stand-up organisés par Arnaud Montebourg et ses soutiens lors de la campagne ; et la section du Xème arrondissement de Paris a utilisé des méthodes pratiquées en Allemagne pour l’affichage, en se servant de banderoles par exemple.

Surtout, un poste de secrétaire fédéral chargé des nouvelles formes de militantisme a été créé au sein des fédérations PS, afin précisément de se tourner vers un militantisme innovant et peut être plus séducteur, car malgré les deux millions de votants aux primaires, le constat est sans appel : les militants sont moins nombreux, les électeurs aussi, et c’est un cercle vicieux. Dans le 11ème, ce poste est occupé par Philippe Allard. Pour lui, la réflexion doit s’articuler autour du renouvellement de la place du militant au sein du parti, « afin de mieux prendre en compte ses opinions », et l’ouverture sur la société pour relancer une dynamique d’adhésion, via les outils numériques par exemple. Les militants ont beau ne pas vouloir abandonner les méthodes « à l’ancienne », il n’en demeure pas moins que la piste technologique est inévitable : « cela permet aussi aux citoyens de participer à des sujets sans adhérer pour autant » ce qui d’une part a une vertu démocratique et d’autre part rendra le parti plus visible. Comme pour s’excuser de la généralité de ces propositions, les militants tempèrent cependant : « pour le moment, on attend de voir comment ça va se passer avec Benoit, la place qu’aura le parti dans sa campagne. C’est encore trop frais pour juger. » À environ deux mois du premier tour des présidentielles, il serait pourtant temps d’agir – d’autant que plutôt qu’entre Manuel Valls et B. Hamon, ce sont désormais des tensions avec Macron qui se font ressentir, le président de l’Assemblée nationale lui-même, Claude Bartolone, ayant avoué toujours hésiter entre soutenir le vainqueur de la primaire socialiste ou le dirigeant du mouvement En marche !.

Élections américaines, pertinence de la démocratie et échec des médias

Mercredi 9 novembre au matin, en Europe, les citoyens se sont réveillés avec une surprise de taille – du moins pour bon nombre d’entre eux : le 45ème Président des Etats-Unis n’était pas Hillary Clinton, mais Donald Trump. Après les nombreuses frasques du candidats, les positions pour le moins extrêmes (et parfois contradictoires) avancées par celui-ci, les sondages penchant plutôt pour une victoire de son adversaire, la nouvelle avait de quoi faire un choc. Quelques jours plus tard, la stupéfaction est passée, il est à présent temps de se pencher sur les enseignements de l’issue pour le moins surprenante de ces élections – trop tôt pour parler d’une réaction à froid, mais certainement pas une réaction aussi « nerveuse » que celle du 9 novembre.

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(c) Reuters

La démocratie en question 

Nombreux ont été ceux qui ont signalé que ce résultat montre, s’il était besoin, que les sondages et les médias ne sont pas aussi fiables que l’on aimerait le croire. C’est un point que j’aborderai ici – mais il me semble encore plus essentiel de s’interroger sur la valeur de la démocratie, à la lumière de l’élection de Donald Trump. Loin de moi l’idée de remettre en cause ce résultat : il a été élu dans des conditions semble-t-il valides, du moins conformes au système électoral américain, et même si en termes de nombre de voix sa concurrente l’emportait, ce n’est pas l’indicateur sur lequel se base le système aux Etats-Unis. On peut toutefois s’interroger sur la pertinence d’un tel système. Pour rappel, aux Etats-Unis le vote aux élections présidentielles se déroule au scrutin universel, indirect, à un tour : les électeurs votent pour des grands électeurs qui, à leur tour, voteront pour le candidat qu’ils avaient annoncé soutenir. Ce qui signifie que le Président américain n’est pas directement élu par les citoyens, mais qu’il y a un intermédiaire entre ces derniers et lui. Cela peut poser problème en cas de revirement d’un grand électeur – ce qui n’arrive que très rarement ; surtout, on sait à quel point les apparences et la symbolique sont importantes en politique. De ce point de vue, que les Américains ne désignent pas directement celui qui les représentera peut être contestable – même si cela peut aussi être vu comme un « garde-fou ». Ensuite, que le scrutin soit à un tour favorise les risques d’élire des personnalités extrêmes (dans le bon ou le mauvais sens) : là où le scrutin à deux tours permettrait aux électeurs de prendre conscience de la portée de leur vote, le scrutin à un seul tour les met face aux conséquences de leur voix, sans possibilités de retour en arrière ou de modération de leur position. Ce qui est, dans les systèmes à deux tours, un « vote-sanction » appelé à faire réagir des dirigeants qu’on veut en fait reconduire, est dans le système à un tour un véritable coup de poker où l’élection effective du candidat-réaction est une hypothèse plus que probable. Plus généralement, l’élection américaine m’évoque les thèses de Rousseau et Tocqueville, qui déjà en leur temps estimaient qu’une démocratie qui ne prend pas le temps de former ses citoyens est un régime extrêmement dangereux conduisant immanquablement à conduire au pouvoir des personnalités tout aussi autoritaires, si ce n’est plus, que celles qui se seraient imposées par la force.

Cette dimension, on a eu tendance à l’occulter. Elle est pourtant fondamentale. Sans revendiquer une propagande de régime passant par l’école, comme dans les débuts de la IIIème République, il est important de souligner qu’une démocratie doit éduquer et informer ses citoyens pour être fonctionnelle. La démocratie repose sur le vote libre et éclairé des électeurs. Comment espérer que les électeurs soient clairement conscients de leur vote – et même choisissent en toute liberté – lorsque leur éducation civique est lacunaire et leur information, faible ? Certes aux Etats-Unis, la dimension patriotique est très forte. Mais ce n’est pas cela qui fait un citoyen avisé et éduqué – les taux importants d’abstention (46% pour cette élection) montrent que le système civique américain a été incapable de sensibiliser les électeurs à l’importance du vote. Par ailleurs, le fait qu’une majorité de l’électorat Trump fasse partie des classes défavorisées – qui par définition ont un accès moindre à la culture et à l’éducation – montre que de telles lacunes facilite le vote aux extrêmes (cela vaut aussi en France, d’ailleurs). Au-delà de ces questions qui se réfèrent à une sensibilisation et des acquis de longue date, l’information immédiate joue aussi un rôle essentiel. Il est impossible que quiconque fasse un choix libre et éclairé, lorsque les informations portées à sa connaissance circulent mal, qu’elles sont incomplètes, voire fausses. Ce qui nous amène au rôle joué par les médias dans cette élection. Indiscutablement, ceux-ci ont failli. Ce qui leur a fait défaut ces dernières semaines n’est pas nouveau ; mais l’élection américaine a mis ces problèmes en évidence de façon éclatante, provoquant des résultats inattendus. Il faut donc, pour éviter qu’une telle lacune des médias d’information se reproduise, s’y pencher sérieusement.

Une opacité regrettable 

La première chose qui vient à l’esprit, c’est un manque flagrant de transparence. Les médias ont, quel que soit leur bord, passé sous silence les informations qui leur étaient défavorables. Ainsi, les journaux pro Clinton ont-ils eu tendance, au plus fort de la controverse concernant ses courriels, à peu couvrir cette question et à dénoncer en retour les défauts de M. Trump – ou bien à traiter de cette affaire, mais en accusant untel ou untel d’avoir fomenté un complot pour influencer le résultat des élections. Les nombreuses casseroles trainées par l’ancienne secrétaire d’Etat auraient pourtant mérité qu’on s’y attache : son vote en faveur de l’invasion de l’Irak, l’affaire de Benghazi, celle des e-mails. Il ne s’agit pas ici de dire que ces affaires étaient plus ou moins graves que ce qui était reproché à M. Trump. A vrai dire, je suis même convaincue que malgré tout cela, le vote Clinton restait plus raisonnable. Mais, des évènements de cette ampleur, avec un tel impact sur la politique et la société américaine, auraient dû être traités plus largement par les médias. Hors campagne électorale, c’est ce qui se serait produit. Pourtant, se procurer des informations complètes sur cette question était extrêmement compliqué, les médias ayant préféré surfer sur la vague anti-Trump – sans réelle analyse d’ailleurs, les articles sur le sujet étant très souvent des éditoriaux ou des mises en garde. Autre point sur lequel il était difficile de s’informer : les programmes précis des candidats et leurs potentielles conséquences si l’un ou l’autre était élu. Bien sûr, les mesures phares ont été citées : pour Trump, construire un mur frontalier aux frais du Mexique par exemple ; pour Hillary Clinton, oeuvrer en faveur des droits des femmes notamment concernant l’avortement. Mais tout cela restait bien vague. Or, pour voter en pleine conscience, un électeur a un besoin crucial de connaître les aspects programmatiques de tel ou tel camp, vus et analysés par des spécialistes – car se contenter de ce qui est proposé sur le site du candidat est assez peu satisfaisant : les mesures sont toujours présentées comme si elles allaient de soi, ou bien sont exposées avec force détails qui découragent la lecture (je pense par exemple au livre-programme de Bruno Le Maire, pavé de 1012 pages très technique, qui demande pour le lire un certain courage). Plus la campagne avançait, plus les médias, aux Etats-Unis comme à l’étranger, se sont focalisés sur des aspects finalement mineurs : les piques lancées par l’un au cours d’un dîner, les attaques personnelles des uns et des autres, la personnalité fantasque de M. Trump, les cheveux de M. Trump, les femmes successives de M. Trump, et encore M. Trump.

Bien sûr, certaines choses méritaient d’être évoquées au sujet de Donald Trump ! Bien sûr, il est légitime que ses propos obscènes aient été relayés, dénoncés, et médiatisés ! Mais le candidat républicain a fait l’objet d’une couverture médiatique complètement disproportionnée par rapport à celle d’Hillary Clinton – qui, plus classique que son adversaire, détonait dès le départ moins dans le paysage politique et institutionnel. D’emblée, on ne voyait que Donald Trump : ses mimiques, son mode d’expression, ses déclarations farfelues, tout concourait à ce que l’attention se focalise sur lui. Il n’y avait aucun besoin d’en rajouter en lui consacrant Une après Une, chronique après chronique, en alimentant des scandales le concernant… bref en lui accordant une place médiatique considérable, qui loin de lui porter préjudice (à l’exception de l’épisode de la vidéo diffusée par le Washington Post) n’a eu aucun impact sur les intentions de vote à son égard, voire les a renforcées. Cette présence constante dans les médias lui a permis, pendant de longs mois, de ne pas avoir à investir dans sa campagne : le phénomène Trump était auto-suffisant. Cela relève pourtant de l’évidence : à toujours évoquer une personnalité dans les médias, que ce soit en bien ou en mal, on finit par acclimater les consommateurs de ce média à la personne en question, qui apparaît donc moins scandaleuse, moins étrangère, moins dangereuse aussi. Mais évoquer Trump en permanence avait un avantage considérable : son nom permettait d’ameuter une audience importante – pour le dire autrement, parler du candidat républicain et de ses outrances, c’était l’assurance de faire du buzz. Et dans un monde médiatique de plus en plus concurrentiel et dirigé par le business, où les entreprises de médias peinent souvent à garder la tête hors de l’eau, pouvoir générer de l’audience facilement était une aubaine. L’appât du gain a été plus fort que les considérations rationnelles – mais n’est-ce pas finalement la suite logique de l’intégration des médias à un système où, précisément, le gain est l’objectif ultime ?

La déontologie au placard

Ce qui nous amène à une autre lacune des médias au cours de la campagne présidentielle : leur manque d’éthique et de déontologie. En principe, un journaliste peut refuser d’écrire sur un sujet s’il estime que ce serait moralement ou professionnellement contraire à son éthique. Un journaliste est aussi tenu de systématiquement vérifier ses sources et la véracité des informations qu’il diffuse. S’il n’est pas tenu d’être objectif ou parfaitement neutre (et heureusement, car sur des domaines tels que la politique, cela serait parfois bien difficile), la moindre des choses est de faire comprendre clairement aux destinataires de l’information que la façon dont elle sera présentée est potentiellement biaisée. Enfin, un journaliste est supposé placer la recherche de la vérité et le bon exercice de sa profession au-delà de considérations de gain (que celui-ci soit financier, social, ou quoi que ce soit d’autre). Mais sur tous ces éléments, le journalisme a failli durant la campagne : particulièrement concernant le dernier point, sur lequel je ne reviendrai pas, et sur le sourçage des informations. Réseaux sociaux et exigence de rapidité aidant, il devient difficile pour les journalistes de concilier obligations déontologiques et obligations pratiques. Lorsque les enjeux sont aussi forts que cette année, cela devrait pourtant être le b.a-ba du métier. Or, si des informations fausses n’ont pas nécessairement été relayées par les grands médias, cette campagne a eu son lot d’approximations et d’informations tronquées ou sorties de leur contexte pour les rendre plutôt favorables à l’un ou l’autre des candidats. Lorsque l’information était beaucoup plus verrouillée, ce type de comportements pouvait passer inaperçu. Mais aujourd’hui, même s’il reste plus facile aux professionnels qu’aux autres d’accéder à l’information, les citoyens lambda peuvent eux aussi se la procurer, et de plus en plus aisément : des organisations comme Wikileaks participent de ce mouvement. Chacun peut donc constater les manquements et les omissions des médias, ce qui a pour conséquence d’alimenter la méfiance envers ceux-ci – et ce d’autant plus que dans l’élection américaine de 2016, Donald Trump a largement encouragé ce sentiment. Le défaut d’information a alors rencontré un mouvement de rejet de celle-ci, que de nombreux électeurs considéraient comme peu fiable, renforçant l’ignorance globale sur la politique américaine.

Un dernier point mérite d’être évoqué : la déconnexion flagrante des médias traditionnels avec ceux dont ils parlaient. En méprisant Trump, les journalistes ont méprisé leurs électeurs – ou plus exactement, ils ont donné cette impression. Ce qui revient finalement au même du point de vue des intéressés. Ils ont donné à voir une information biaisée en fonction de leurs convictions politiques, tronquée selon ce qui les arrangeait ; mais aussi selon qu’ils espéraient voir advenir. Les journalistes ont éludé une réalité dont ils espéraient qu’elle n’existait pas ; plutôt que d’écrire du point de vue des électeurs de Trump, ils ont écrit en les observant de loin. Dans l’ensemble, et même si le salaire d’un journaliste n’est pas mirobolant, ceux-ci font partie d’une élite au moins culturelle et intellectuelle. Une élite constamment conspuée par Trump puis ses électeurs. Cette déconnexion est un véritable problème : en se rapprochant trop des cercles des élites, les médias rompent le lien avec leurs lecteurs et ne sont plus à même de cerner les évolutions de celui-ci. Dès lors, l’information qu’ils délivrent est amputée d’éléments essentiels, ce qui perpétue le cercle vicieux de désinformation, de rupture entre les médias et les citoyens, et on en revient alors au premier point : les électeurs ne peuvent plus voter en conscience et de façon éclairée, et la démocratie se met elle-même en péril. Je devrais parler également des relations entre les médias et les réseaux sociaux, qui ont joué un rôle évident dans la polarisation du débat et l’abaissement de celui-ci au niveau individuel plutôt que programmatique et conceptuel, en marginalisant l’information complète. Mais j’ai déjà parlé de cela dans un autre billet (autrement moins long) que je vous laisse découvrir.

Évidemment, dégager tous ces enseignements ne sert à rien si l’on n’en tire pas les conséquences et si l’on ne s’en sert pas pour travailler sur ce qui a si cruellement manqué lors de cette élection. D’abord, renouer avec la déontologie journalistique apparaît plus que jamais essentiel : cesser de se baser sur des informations à l’exactitude douteuse et revenir à une information que l’on a soi-même recueillie si possible, pour fournir les renseignements les plus justes possibles aux lecteurs. Ensuite, s’affranchir des liens avec le monde du business et de la politique, pour écrire en toute indépendance et dans l’unique recherche de la vérité. Enfin, en revenant à un travail de terrain, renouer avec ceux dont il est question dans les médias et les destinataires de l’information, pour avoir conscience des enjeux que ces gens voient dans telle ou telle actualité. Toutes ces propositions sont bien sûres coûteuses, et exigent donc de trouver des financements – précisément alors que les médias traditionnels connaissent ces dernières années une crise d’ampleur majeure. L’idéal serait de se tourner vers des fonds publics : après tout, on pourrait en théorie imaginer que les gouvernements démocratiques ont intérêt à préserver la bonne marche du métier, si importante à l’exercice plein et entier d’une démocratie efficace. Mais les dirigeants y ont-ils vraiment intérêt ? Les financements des médias publics sans cesse rabotés laissent songeur à ce sujet…

Le dénouement du duel Trump/Clinton

Demain, mardi 8 novembre, – et mercredi 9 novembre au matin, décalage horaire oblige – le monde sera suspendu aux élections américaines. Celles-ci marqueront enfin le terme d’une campagne présidentielle extrêmement longue et éprouvante, tant pour les candidats que pour le public, à qui le sort n’a épargné aucun retournement de situation ni aucun rebondissement – parfois si farfelus qu’on les aurait cru sortis de l’imaginaire débordant d’un scénariste fou ; mais non, il s’agissait bien de la réalité. Elles marqueront aussi l’issue du duel entre deux candidats que tout semble opposer, le très spécial Donald Trump et la si classique Hillary Clinton.

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(c) Jim Lo Scalzo/EPA

Il semblerait que, selon le résultat du vote, soit rien ne changera, soit nous aurons l’impression qu’un cataclysme s’abat sur nous. Qu’un candidat aussi fantasque que Donald Trump, qui jusqu’il y a quelque mois faisait encore rire (jaune) plutôt que pleurer, soit élu président des Etats-Unis aurait un retentissement bien au-delà des frontières américaines et serait certainement lourd de conséquences mondiales, en termes économiques aussi bien que politiques. Au contraire, si Hillary Clinton l’emportait, on peut penser que la politique menée par les Etats-Unis resterait globalement la même : politics as usual. Certains signaleraient sûrement l’avancée majeure marquée par la présence d’une femme à la présidence des Etats-Unis – mais il n’est même pas certain que cette dimension ferait tant de remous, dans la mesure où Mme Clinton est une figure présente depuis si longtemps sur la scène politique américaine, et où son accession à la présidence semble depuis peu quasi-inéluctable que ça ne serait pas tellement surprenant. Surtout, malgré la mise en avant de cet argument dans sa campagne, l’ancienne secrétaire d’Etat a toujours laissé assez partagées les militantes pour les droits des femmes, qui sont assez nombreuses à estimer que son arrivée au pouvoir ne serait pas forcément un immense progrès pour leur cause – et estiment surtout que son féminisme est opportuniste. Bref : selon l’issue de l’élection présidentielle de demain, nous aurons droit à un torrent de réactions contradictoires et virulentes, ou à un souffle de soulagement rehaussé d’accusations de complot (on se souvient que lors du deuxième débat de cet automne, Trump a laissé planer le doute quant à son acceptation ou non des résultats en cas d’échec pour lui).

Mais ce n’est pas en cela (pas uniquement, en tout cas) que cette élection et son résultat sont majeurs. L’état d’esprit qui l’entoure est aussi capital : on a l’impression que, après les vivats qui ont fait suite aux élections successives de Barack Obama, cette échéance électorale ne provoquera que dépit et, au mieux, désintérêt, quel que soit son résultat. Hillary Clinton est loin de remporter une franche adhésion de la part d’une large majorité de la population, aux Etats-Unis comme ailleurs. Trop froide, trop élitiste, trop modérée pour de nombreux électeurs ; menteuse, « vicieuse » et corrompue pour ceux qui sont adeptes du discours Trump. Les témoignages de nombreux citoyens américains rappellent que pour une part des électeurs d’Hillary Clinton, le vote est ici devenu un vote par défaut – au point que le New York Times a dû publier un article à ce sujet pour convaincre les moins enthousiastes. Si elle est élue, cela ne provoquera certainement pas autant de joie que les dernières échéances présidentielles américaines. A l’inverse, si Trump est élu, ses supporteurs de la première heure ne manqueront pas d’étaler leur contentement et de le crier haut et fort. Mais même du côté du candidat républicain, certains votent par dépit ou afin de « bousculer » les élites (comme ces électeurs qui ont voté Brexit au Royaume-Uni, persuadés que leur vote contestataire se perdrait dans une masse de « in », et que le Brexit ne passerait jamais… raté). Surtout, à l’échelle planétaire, incrédulité et stupéfaction seront probablement les réactions les plus répandues, plutôt que des débordements de joie. On voit mal comment la planète entière pourrait se réjouir de l’élection de celui qui semblait être un simple mauvais clown avant que sa dangerosité et sa mégalomanie galopante ne se révèlent dans toute leur splendeur. Malgré cela, le peu d’enthousiasme que suscite la figure d’Hillary Clinton transforme cette élection en un genre de combat entre le pire et le moins bien, entre le désespérant et le décevant.

Deuxième facteur qui rend essentielle cette élection : elle s’est construite sur du vide. Certes, la candidate Démocrate a fait preuve de compétences et a montré sa connaissance approfondie de nombreux sujets, particulièrement en matière de politique extérieure. Mais à quoi bon, lorsque le candidat opposé et ses adeptes refusent d’entendre le moindre argument fondé et voient une preuve de conspiration ou une marque de l’establishment dans tout ce qui s’oppose à eux ? Si encore le candidat Républicain avait étayé cette opposition farouche, systématique et violente par des éléments solides et des contre-propositions intéressantes… Mais non : Donald Trump a, pendant tout le temps de la campagne (c’est-à-dire depuis plus d’un an depuis qu’il s’est déclaré candidat tout de même !) brassé du vent et a préféré faire de l’insulte et de l’invective son modus operandi pour conquérir le coeur des foules. Malheureusement, la tendance ne touche pas que les Etats-Unis, loin de là : le deuxième débat des candidats à la primaire de la droite, jeudi 3 novembre dernier, était un modèle du genre  – même si on était, et c’est rassurant, encore loin de ce que les électeurs américains ont pu suivre cette année. Des débats de poissonniers, des invectives et des piques personnelles à foison, mais de réelles propositions, bien peu. Le plus alarmant, dans l’élection américaine, est que ce vide quasi-total et cette incompétence éclatante étaient précisément un argument de campagne pour Donald Trump ! Cela démontrait, selon lui, qu’il ne faisait pas partie de l’élite politique classique. Pour ses électeurs, cela avait quelque chose de rafraîchissant. Or, que les politiques soient, dans de nombreuses démocraties occidentales, installés au pouvoir depuis bien trop longtemps et se succèdent sans qu’on puisse vraiment faire de différence, cela ne fait aucun doute. De là à franchir le Rubicon et à mettre à la tête des Etats-Unis un entrepreneur fou, il y a un fossé tout de même assez large.

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(c) AP

Surtout, cette élection a donné le sentiment que personne n’en prenait, au fond, les enjeux au sérieux. Évidemment, de nombreux médias se sont relayés pour appeler à voter pour Hillary Clinton (ou plus exactement, à voter contre Donald Trump) : le New York Times ou le pourtant très conservateur Washington Post, par exemple. Des personnalités et des associations se sont mobilisées pour rappeler l’importance du vote et faire prendre conscience des dangers présentés par M. Trump : Bryan Cranson, ancien acteur de la série à succès Breaking Bad ; Robert de Niro, du Parrain et de Taxi Driver… Sur Internet, dans les médias traditionnels, un nombre incalculables de personnes plus diverses les unes que les autres ont élevé la voix pour dénoncer le candidat républicain et sa façon de faire de la politique. Mais combien sont-ils à avoir pris le problème à la source ? On l’a touché du doigt lorsque la candidate Démocrate a désigné les partisans de son adversaire comme des gens « pitoyables : racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes ; à vous de choisir« . Ce propos n’est pas excusable, en plus d’être une grave erreur de stratégie en pleine campagne. Mais il a un mérite : il montre qu’à n’avoir pas considéré avec assez de sérieux le candidat Républicain, on a fini par voir de la même manière ses électeurs. Or, c’est précisément l’enjeu de cette élection. Des candidats fantasques à des élections nationales, il y en a déjà eu et il y en aura probablement encore. Mais des candidats qui érigent à ce point en drapeau leur méconnaissance des dossiers importants, qui font preuve d’un comportement aussi peu « politique », qui insultent et dégradent des pans entiers de la population, et qui malgré tout suscitent l’adhésion de nombreux votants : le phénomène est inédit. Mettre en évidence les failles de Donald Trump était certes important, nécessaire même – ne serait-ce qu’en vertu d’un devoir d’information des citoyens. Il n’en est pas moins regrettable que cette dimension ait été si privilégiée qu’elle a occulté une réflexion sur les raisons de l’attrait pour M. Trump. Des raisons générales ont été mises en avant : désaffection pour la politique classique ; inégalités et misère croissantes ; sentiment d’abandon de la part des élites. En revanche, rien de concret n’a été proposé pour permettre un changement de fond de la situation. Rien n’a été fait pour aller chercher ces électeurs déçus des gouvernements précédents – bien au contraire, ils ont été de plus en plus moqués, méprisés, vus comme des fous.

Il faudrait alors considérer que la moitié des citoyens américains sont fous, idiots ou pitoyables ? Une telle affirmation ne peut évidemment pas être faite. Un débat concernant l’électorat Trump, ses motivations et ce qui pourrait le faire changer de cap aurait pourtant été bénéfique, car le phénomène Trump est malheureusement le parallèle de ce que vit, en décalé, l’Europe : rarement les populistes ont semblé avoir autant de succès sur le Vieux Continent, et une réflexion de ce type concernant les Etats-Unis aurait permis d’y voir plus clair sur notre propre terrain. A défaut, nous voilà contraints d’attendre avec appréhension les résultats de demain – en sachant que nous ne pourrons pas retarder éternellement cette discussion.

Les jeunes, désintéressés de la politique ?

Les jeunes ne votent plus, les jeunes ne s’informent plus, les jeunes ne savent pas ce qui se passent dans la vie politique de leur pays. Voilà le triste constat que dressent fréquemment médias, hommes et femmes politiques, et que l’on entend parfois au quotidien. C’est aussi en partie ce qui a été dit par l’un des intervenants de la société civile dans « L’Emission Politique » de ce jeudi 06 octobre, le YouTuber Jhon Rachid.

Ce constat est en partie justifié : 66% d’abstention chez les 18-24 ans au premier tout des élections législatives 2012, quand la moyenne était de 43%. Une mobilisation et un engagement politique de plus en plus ténus : on aurait bien du mal, aujourd’hui, à faire mai 68 ! La faute, selon certains analystes, à une « génération Internet » bien trop nombriliste et impatiente pour songer à l’action commune, trop désabusée pour tenter de faire bouger les choses. Voire, selon d’autres, une génération tout simplement « flemmarde », que l’émergence de l’Internet et la montée en puissance des services auraient rendue incapable d’agir par elle-même. C’est, en filigrane, ce qui ressort des discours des politiciens selon qui « les jeunes n’ont qu’à se bouger » ou qui exhortent ceux-ci : « Bougez-vous ! Engagez-vous ! » (oui, M. Juppé, c’est entre autres à vous que je pense, vous qui avez rétorqué à votre interlocuteur que si le paysage politique ne changeait pas, ou si peu, depuis toutes ces années, c’était peu ou prou la faute des plus jeunes qui ne font rien pour tenter de faire bouger les lignes).

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(c) Luc Lavigne

Ce constat doit pourtant être remis en cause. Comme toute généralité, il est fort pratique à invoquer pour expliquer une situation ou lui trouver un responsable – ici, ce fameux « jeune », donc, sorte d’allégorie de la fainéantise, de l’incapacité et de l’ingratitude. Mais comme toute généralité également, c’est un constat trompeur, qui ne recouvre pas l’intégralité d’une réalité bien plus complexe. Dans la mesure où je rentre moi-même dans cette catégorie si souvent invoquée à droite, à gauche, au centre, et dans la bouche d’à peu près tout le monde (sauf les « jeunes » eux-mêmes), je pense être légitime à exprimer mon opinion sur ce point. D’abord, il n’est pas vrai que « les jeunes » ne votent pas. Certaines parties des « jeunes », sans doute, mais certainement pas l’entièreté de la dernière génération en âge de voter. Lorsque je regarde autour de moi, je connais bien peu de personnes qui nient en bloc leur droit de vote et ne l’utilisent pas. Il y a fort à parier que, comme pour la population dans son ensemble, l’abstention chez les jeunes varie fortement selon les quartiers, les élections, les classes étudiées. Ensuite, il est encore moins juste d’affirmer que « les jeunes » ne s’intéressent pas à la politique. Dans les pays occidentaux, le politique est un des champs de la vie en société qui rythme le plus le quotidien, dont parlent le plus les journaux, et qui fait toutes les semaines (si ce n’est tous les jours !) les gros titres de l’actualité. Or, les « jeunes » sont d’énormes consommateurs d’actualités : diffusion accélérée de l’information et réseaux sociaux aidant, nous sommes en permanence abondés d’informations « fraîches », et donc d’informations politiques… L’importance croissante de l’actualité dans notre quotidien entraîne nécessairement une consommation accrue de nouvelles politiques, et ce d’autant plus dans un contexte aussi particulier que celui que nous vivons, fait d’incertitudes, de scandales, et depuis quelques mois, d’échéances électorales qui approchent à grands pas. Loin d’être désintéressés, la plupart des jeunes sont boulimiques d’informations politiques – parfois même sans le vouloir, puisqu’il n’est même plus nécessaire de rechercher une information dans un domaine particulier pour y accéder : ce n’est pas le consommateur qui part à la recherche de l’information, c’est l’information qui tente d’attirer l’attention du consommateur – et particulièrement du « jeune », ce marché aux potentialités gigantesques.

Voilà pour la véracité de ce constat, donc. Et les causes ? Car certes, toute généralité est plus ou moins mensongère mais, il faut bien l’admettre, les généralités ont souvent des raisons d’exister, et les chiffres avancés plus haut tendent à montrer qu’en effet, une partie des jeunes délaisse la politique. Mais lorsqu’on met les professionnels de la politique face à ce constat, la plupart ont tôt fait de battre en retraite ou de désigner les « jeunes » comme responsables de leur propre malheur : encore une fois, manque d’engagement, manque de volonté… Mais à qui la faute ? Voir les mêmes têtes se succéder depuis des années (40 ans de politique pour Alain Juppé ! 30 pour Nicolas Sarkozy ou François Hollande !), entendre les scandales se succéder (et ces derniers mois, on a été servis, entre les Panama Papers, Bygmalion, les kits de campagne surfacturés du FN…), les mêmes idées qui émergent, cela ne donne pas spécialement envie de s’engager sur le terrain politique. Un terrain qui semble sclérosé, incapable de se réformer, dans un système que les hommes et femmes politiques actuels tentent désespérément de maintenir en dépit des révolutions qu’a connu le monde depuis une vingtaine d’années. D’autres terrains semblent tellement plus efficaces ! Les ONG, l’action individuelle sur Internet, les associations… sont devenus autant de moyens de s’engager politiquement, sans pour autant passer par la case des institutions officielles et tout ce qu’elle implique de luttes intestines et de contraintes – formelles, sociologiques…

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Par ailleurs, les hommes et femmes politiques ont beau jeu de reprocher aux jeunes leur manque d’engagement quand ils ne font rien – ou si peu – pour encourager celui-ci. Puisque cet article m’a été inspiré par l’échange entre Alain Juppé et Jhon Rachid jeudi dernier, prenons l’exemple des « Jeunes Avec Juppé » : cette organisation donne moins la possibilité à ceux qui y participent d’exprimer leurs positions et d’être à l’initiative, que de fournir au candidat des « petites mains » et un fan-club bien pratique pour montrer à quel point il est fédérateur… Par ailleurs, quand des jeunes parviennent à s’imposer sur la scène politique traditionnelle, on ne peut pas vraiment dire qu’ils soient accueillis à bras ouverts par les dirigeants en place : le parti Podemos, en Espagne, a ainsi subi les moqueries des autres députés (notamment sur leur apparence, c’est dire l’élévation du débat !) lors de leur entrée au Parlement espagnol, et ont été taxés d’incompétence et de négligence avant même d’avoir pu essayer de faire leurs preuves ; en France, Emmanuel Macron – dont on est par ailleurs libre d’apprécier ou non le positionnement – était très apprécié des autres politiques jusqu’à ce que son influence grandisse. Dès ce moment, sa jeunesse jusque-là si louable est devenu un gage d’inexpérience, et son ambition qu’on encensait est devenue le symptôme d’une prétention et d’une arrogance semble-t-il intolérables.

Désengagés et blasés d’un côté, mais de l’autre trop inexpérimentés – trop « jeunes » ? – pour que leurs voix comptent vraiment, voilà les « jeunes » dépeints aujourd’hui par la classe politique. Ceux qui la composent devraient néanmoins garder à l’esprit que c’est cette génération qui est vouée à devenir, d’ici peu, le cœur de l’électorat, que c’est elle qui prendra la relève, mais encore que face aux piètres modèles que représentent les politiciens aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner que cette nouvelle génération cherche à situer le débat sur un autre terrain que le terrain politique pur et dur.

Vous reprendrez bien un peu de récupération politique ?

La semaine dernière, un rapport a été rendu public,rendant compte d’une enquête commandée à l’IFOP par l’Institut Montaigne, un think tank se proposant d' »élaborer des propositions concrètes dans le domaine (…) de la cohésion sociale« . Intitulé « Un islam français est possible », ce rapport mettait en avant un certain nombre de résultats obtenu après avoir enquêté auprès de Français de confession musulmane. Les chiffres ont beaucoup fait parler, mais une fois toute cette agitation (qui semble décidément avoir toujours une raison d’être ces derniers temps) retombée, ce qui choque surtout, c’est l’immense récupération politique dont ils ont fait l’objet, avec tout ce que cela implique d’approximations et de détournement.

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Pourtant, les choses ne commençaient pas si mal. Le titre du rapport était même assez positif, appuyant les propos de ceux qui plaident depuis plusieurs semaines voire depuis plusieurs mois l’apaisement et qui tentent tant bien que mal de contrer les déclarations de plus en plus tendancieuses de certains responsables politiques. L’étude comportait même, outre les résultats des questions posées aux sondés et leur interprétation, les propositions de l’Institut pour « construire un islam français » – une initiative bienvenue puisque le rapport, établi loin des débats politiques virant souvent à la foire d’empoigne, permettait d’ouvrir un débat calme avec de vraies suggestions, avec lesquelles on est ou non d’accord mais ayant au moins le mérite d’exister et de pouvoir être concrètement mises en pratique. Las ! Malgré ces points positifs, le débat s’est encore une fois cristallisé autour de points précis du rapport, et pas les plus significatifs, provoquant une fois de plus un déchaînement dans les médias, le plus souvent pour dénoncer les dérives d’un islam dont les pratiquants les plus stricts vireraient tous djihadistes – j’exagère à peine ici, malheureusement. Les chiffres qui ont suscité une telle réaction : selon l’enquête, 28% des personnes sondées « réunissent des musulmans ayant adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République » – que le rapport appelle les musulmans « rigoristes« . Et qu’importe que l’enquête ait aussi montré que 46% des sondés étaient sécularisées ou en voie d’intégration dans le système de valeurs actuel, tandis que les 25% restants avaient certes une forte identité religieuse mais acceptaient la laïcité ! Immédiatement, de nombreux hommes et femmes politiques ont bondi, affirmant que l’identité républicaine était en danger, et que ces 28% étaient ceux-là même qui se radicalisaient et partaient ensuite faire le djihad (est-il besoin de les citer ? Indice : ils saisissent toutes les occasions possibles pour développer un discours identitaire et sécuritaire brossant un portrait catastrophique de l’intégration en France). Bref, l’occasion ultime d’affirmer que la France serait en danger, tout en étant légitimé par les chiffres – car, on ne conteste pas des chiffres scientifiques, n’est-ce pas ?

Une telle réaction appelle plusieurs remarques. D’abord, on a encore une fois une démonstration de ce que le débat politique peut avoir, récemment, de nauséabond et d’irréfléchi. C’était déjà le cas avant l’été, mais l’échéance électorale se rapprochant, la situation est de plus en plus désespérante – ce serait presque risible, si ce n’était pas de si mauvais augure pour les mois à venir. Faire l’amalgame entre avoir une conception très stricte de la religion, et partir faire le djihad, est un peu hasardeux, si ce n’est erroné. Les salafistes quiétistes en sont un excellent exemple : puisqu’ils vivent selon les préceptes du salafisme, leur conception de l’islam est extrêmement rigoureuse et prône un retour aux dogmes passés. Pourtant, les quiétistes sont opposés à tout usage de la violence. Les raccourcis opérés par ces politiques ne sont pas qu’approximatifs : ils sont aussi à même de renforcer le sentiment d’exclusion de certains musulmans qui se sentiraient déjà mis à l’écart par la République, et seraient susceptibles d’entrer en rupture franche avec elle.

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Ces discours sont d’autant plus grave que les résultats de l’enquête publiée par l’Institut Montaigne ont été commentés comme s’ils étaient parole d’Evangile, alors que comme pour toute étude de ce type, ils sont à prendre avec des pincettes. Il est toujours malaisé de savoir quelle est la correspondance réelle entre les résultats d’un sondage (qui, par définition, ne portent que sur un échantillon – certes supposé être représentatif) et la réalité. Ici, le panel soulève d’ailleurs des interrogations spécifiques puisqu’alors qu’il s’agissait d’une étude sur l’islam, une partie des sondés n’étaient pas musulmans ! L’échantillon comportait ainsi 874 musulmans et 155 personnes « de culture musulmane » c’est-à-dire des non musulmans issus de familles musulmanes – une part assez conséquente ! Comment interpréter leurs réponses à des questions ayant pour objet la religion, alors que leur rapport à celle-ci est plus que distant ? L’absence d’un échantillon-témoin, qui aurait été composé de personnes n’étant pas de culture musulmane et aurait répondu au même type de questions, est aussi regrettable. Difficile d’interpréter les réponses apportées par les sondés sans même savoir si, finalement, ce n’est pas 28% de la population française dans son ensemble qui se considère en rupture avec les valeurs de la République ? D’autant que vu le contexte politique et social actuel, les résultats auraient probablement de quoi surprendre. Par ailleurs, le rapport fournit non seulement les résultats mais aussi une interprétation de ceux-ci. Or, comme toute interprétation, celle-ci est subjective et à ce titre, ne doit pas être considérée comme vérité ultime. Autant de raisons qui invitent à la prudence et à la mesure concernant les résultats publiés – des attitudes qu’hélas, ceux qui composent aujourd’hui le paysage politique semblent avoir remisés depuis bien longtemps. A moins qu’ils ne les aient jamais eues ?

Et, sans rentrer dans des questions techniques concernant les méthodes utilisées, l’échantillon interrogé ou autres points méritant qu’on s’y arrête plus longuement, il y a une remarque plus simple qui vient à l’esprit lorsqu’on a sous les yeux ce déballage de déclarations anxiogènes et mâtinées d’islamophobie ou de racisme : tout simplement, il y en a assez de voir et d’entendre les politiques de différentes formations agiter la menace d’un islam qui serait la source de tous les maux. Le thème de la sécurité est important vu le contexte national et international actuel, mais la France ne se résume pas à ses dispositions sécuritaires et à une identité nationale qui périrait peu à peu. Une échéance électorale capitale approche : ceux qui y candidatent ne pourraient-ils pas plutôt évoquer la culture, le chemin que devrait prendre l’intégration européenne, les mesures économiques qui seront prises ? Oui, l’élection du Président de la République est sans doute l’élection nationale la plus importante et oui, lorsqu’on choisit le chef de l’Etat, une discussion sur l’identité nationale peut avoir du sens. Mais à force, reprendre sans cesse ce débat sans jamais rien y apporter, et voguer doucement vers les eaux troubles du racisme et de l’islamophobie, c’est franchement assez peu productif. C’est encore plus vrai lorsqu’à cet effet, les politiques se servent d’informations, les manipulent et les déforment pour servir leurs propres intérêts. Cela devient inadmissible lorsque ces intérêts impliquent de faire régner un climat délétère et de propager la suspicion entre les citoyens, dans un moment où précisément, le pays a terriblement besoin d’unité.

L’indigestion Trump

« Trump ». Si jusqu’à il y a finalement peu de temps, ce nom évoquait surtout celui d’un milliardaire américain mégalomane et teint en blond, cette charmante image se double aujourd’hui (et est dépassée, malheureusement) de celle de l’un des deux principaux candidats aux élections présidentielles américaines de novembre. Ses déclarations abracadabrantesques, sa mèche si bien taillée et son sens de la petite phrase (si possible scandaleuse) ont beaucoup fait parler de lui au cours des derniers mois – le stade du rire étant depuis longtemps dépassé – mais maintenant, par pitié, il faut que cela cesse.

Certes, depuis le remaniement (encore un ! c’était le 3ème) de son équipe de campagne, dans le courant de l’été, Donald Trump semble s’être calmé. Il a même daigné souhaiter un prompt rétablissement à sa rivale, Hillary Clinton, après le malaise de celle-ci et l’annonce de sa pneumonie suite à la commémoration du 11-septembre. Mais honnêtement, qui croit à ce brusque volte-face ? Chaque jour, Donald Trump lui-même ou un membre de son clan donne un motif supplémentaire de ne pas le laisser accéder au pouvoir. Ce sera aux électeurs américains d’en décider, mais il y a de franches raisons d’espérer qu’il n’accèdera pas au mandat brigué, l’un des postes les plus importants de la planète.

Donald Trump Addresses GOP Lincoln Day Event In Michigan
(c) Bill Pugliano/Getty Images

Aujourd’hui encore, son fils Tweetait une image affirmant : « Si j’avais un bol de Skittles et que je vous disais qu’à l’intérieur, il y en a trois qui peuvent vous tuer, mais pas plus… En mangeriez-vous ? Voilà notre problème avec les réfugiés syriens« . Durant l’été, Trump père a quant à lui fait à plusieurs reprises des raccourcis dans ses discours, assimilant « immigré » et « terroriste » et jouant ainsi de la peur collective dans un contexte déjà très tendu. Jusqu’au bout, il a affirmé qu’Obama n’était pas né aux Etats-Unis, surfant sur une vague de racisme ambiant, avant de se rétracter au cours d’une brève conférence de presse dans le tout nouvel hôtel qu’il a fait construire près de la Maison-Blanche. Et il y a eu, bien sûr, les propos tenus à l’encontre des parents musulmans d’un jeune militaire américain mort sur le terrain, parfaitement inappropriés en plus d’être islamophobes. L’art de contenter les franges les plus xéno/homo/islamophobes de la société américaine, Trump sait faire, donc. Critiquer les politiques menées jusque-là par l’ « establishment » qu’il dénonce, est aussi une compétence fort bien maîtrisée par le candidat à la présidentielle américaine. Et jouer des faiblesses de ses rivaux pour faire baisser leur cote dans les médias tout en augmentant la sienne est également une de ses capacités – il semblerait de toute façon que l’attaque personnelle et injustifiée soit devenue une compétence assez répandue parmi les hommes politiques, et il n’y a plus besoin de traverser l’Atlantique pour s’en apercevoir. Pour résumer donc, Trump maîtrise l’art de la communication et des déclarations outrancières voire injurieuses qui lui offrent une couverture médiatique extrêmement large.

C’est probablement, en partie, ce bagou qui a fait son succès. Si les médias (en grande partie réprobateurs) qui évoquaient ses sorties l’ont fait dans le but de le décrédibiliser, c’est exactement l’inverse qui s’est produit : en lui donnant une telle vitrine, ils ont permis au candidat Trump de faire campagne sans dépenser un sou, et de montrer aux électeurs les plus désabusés, ceux qui se sentaient le moins compris par les politiques plus mesurés, qu’enfin – un candidat les avait compris. Impression pour le moins paradoxale, venant d’un homme richissime et dont l’égocentrisme transparaît à chaque déclaration. Dans cette perspective, sa critique permanente de l’ « establishment » a joué en sa faveur également. Argument privilégié s’il en est des populistes, et qui émane le plus souvent de ceux qui représentent le mieux la classe tant décriée… Franchement, un milliardaire, fruit du capitalisme qui étale sa richesse à tout va et doit en grande partie sa réussite au système en place, critiquer celui-ci ? Mais cela fonctionne. Pourtant, Trump n’a pas grand chose d’autre pour sa défense. Outre le fait qu’il n’a manifestement aucune idée des notions d’ouverture aux autres, de respect et de tolérance, il n’a en fait aucune idée tout court. S’il a vilipendé à l’envi les politiques publiques, sanitaires, internationales menées depuis quelques années par les Etats-Unis, il n’a proposé aucune solution – ou du moins, aucune solution sérieuse. Quant à ses qualités diplomatiques, elles semblent là aussi assez réduite : qu’il affirme, après sa visite au Mexique, que construire ce fameux mur à la frontière et le faire payer par ce pays ne poserait aucun problème alors que le chef d’Etat mexicain énonçait qu’il ne débourserait pas un sou en est un bon exemple. Et de toute façon, Donald Trump souffre d’une image si déplorable dans la plupart des pays étrangers (et particulièrement les pays du G20) qu’on imagine difficilement comment il pourrait rétablir la grandeur américaine face à un tel front commun… Car, n’en déplaise au magnat de l’immobilier, les Etats-Unis ont beau être aujourd’hui encore une (très) grande puissance mondiale, le temps où ils pouvaient gouverner seuls le monde semble bien révolu. Dès lors, jouer selon les règles et respecter ses potentiels futurs homologues étrangers serait peut-être une bonne chose. Non seulement Donald Trump paraît bien incompétent, mais il est aussi dangereux. Sa mégalomanie, son égocentrisme et son manque de connaissances sur des sujets pourtant cruciaux tels que la politique extérieure lui donnent une véritable capacité de nuisance tant au plan interne qu’international.

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(c) Le Renard Qui Pense

Ces propos peuvent paraître vains, dans la mesure où de toute façon, seuls les électeurs américains décideront finalement de la suite des évènements. Mais ils ne le sont pas. Car ce qui se passe en ce moment aux Etats-Unis résonne étrangement avec le contexte européen et national actuel. La montée des populismes ? L’Europe la connaît aussi (et la France particulièrement bien, avec l’ascension continue du Front National). Le contexte de crise identitaire et de violence permanente ? Il ne sert à rien de s’étendre sur ce point, on connaît assez les événements récents. Le sentiment de déclassement d’une part de plus en plus large de la population ? Là encore, c’est un phénomène que nous rencontrons ; et en France, le passage en force de la si débattue loi El Khomri n’a sûrement pas aidé. Les élections allemandes récentes ont montré que même dans un pays supposé plus apaisé, les populismes progressent dangereusement (l’AfD, le parti d’extrême-droite, a ainsi récolté 11,5% des voix seulement 3 ans après sa création, là où la CDU perdait plus de 5 points). En France aussi, des élections s’annoncent, et pas des moindres. La campagne n’a même pas commencé que déjà, des dérapages semblables à ceux de M. Trump ont lieu : la campagne pour la primaire à droite est sans cesse à deux doigts de virer au pugilat, les candidatures à gauche sont si éclatées qu’il est difficilement pensable qu’un « champion » solide sorte du lot, et au milieu de ce climat délétère, le Front National poursuit tranquillement son bonhomme de chemin. Alors, si prendre conscience de la nocivité du candidat républicain permet de se rendre compte des risques qui pèsent sur notre vie politique et de tout faire pour les parer, non, écrire un énième article sur Donald Trump n’est pas vain.

 

L’Emission Politique sur France 2, une première mitigée

Qui dit « rentrée » dit rentrée scolaire, professionnelle, littéraire, mais aussi audiovisuelle. Là où l’an passé l’offre n’avait pas spécialement évolué, cette année est celle du grand chambardement au royaume du CSA : lancement d’une nouvelle chaîne d’information en continu, déménagement (ô combien médiatisé !) de Yann Barthès sur TF1 et TMC, lancement de nouveaux programmes…

Au milieu de ce paysage décidément très renouvelé, l' »Émission Politique » (France 2, tous les jeudis soirs à 21h) se propose de décrypter chaque semaine le programme d’un invité politique, ce dans le cadre de la course à la présidentielle 2017. Ce jeudi 15 septembre 2016, pour le lancement du programme, l’invité choisi ne pouvait qu’attirer les regards sur l’émission : il n’était autre que Nicolas Sarkozy, ancien chef de l’Etat et candidat à la primaire de la droite, qui décidément fait parler de lui en ce moment. Si son intervention a (déjà !) été largement commentée et décryptée, le programme en lui-même mérite qu’on s’y attarde. Il était prometteur, mais son visionnage reste un peu décevant.

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À y regarder de loin, L’Emission Politique ne propose rien de fondamentalement nouveau : un invité politique, des questions d’actualité ou programmatiques, du débat qui finit fatalement par tourner à l’échange d’exclamations sans queue ni tête pour tenter de retrouver la parole – jusque-là, rien que de très classique. Ceci dit, l’ajout de certains éléments enrichit un concept autrement déjà décliné à l’envi. L’invitation de membres de la société civile qui ont la parole et dialoguent avec l’invité principal pendant 25 minutes permet par exemple de re-contextualiser l’échange, de lui donner une assise dans le réel – évitant ainsi l’écueil d’un débat aseptisé et confiné dans l’univers clos d’un studio. Dommage, à cet égard, que les intervenants choisis aient eux-mêmes un parcours assez (voire carrément) politisé, et fassent partie d’une certaine « élite » : cette semaine, Nicolas Sarkozy faisait ainsi face à Mohamed Bajrafil (imam d’Ivry-sur-Seine, auteur d’un livre à succès et intervenant fréquent sur les questions de l’islam), un élu Front National… Dommage aussi – mais il y a là des impératifs posés par la grille des programmes – que cette séquence ne dure que 25 minutes, laissant finalement assez peu de temps aux trois invités pour poser leur question et y recevoir une réponse sinon satisfaisante, au moins complète.

Intéressante également, l’idée du « baromètre » en fin d’émission : un animateur vient présenter, grâce au concours d’Harris Interactive, les résultats d’un sondage effectué auprès de téléspectateurs afin de jauger la performance de l’invité. Cette initiative offre un retour immédiat non seulement sur l’audience reçue par le programme (avec le décompte du nombre de tweets notamment) mais aussi sur le succès de l’intervention de l’homme politique présent. Ceci dit, le problème posé est le même que pour tout autre sondage : le panel choisi (ici, plus de 1000 Français volontaires) n’est pas nécessairement représentatif et, dans le cadre de ce type d’émissions, on peut se demander si les sympathisants de l’invité politique ne seraient pas plus enclins à se porter volontaire que le reste des citoyens – ce qui bien sûr viendrait fausser le résultat final. Quant au fait de proposer un aperçu des idées et programmes des invités sur une variété la plus large possible de sujets (le concept même sur lequel repose l’émission), il est à double tranchant. Certes, cela permet de lever un maximum de zones d’ombre mais, vu le nombre de sujets abordés durant le temps imparti, il est malheureusement impossible d’approfondir ceux-ci. Le risque est alors de ne finalement rien apprendre de plus que ce que l’invité avait déjà bien voulu dire et répéter dans les médias. Il en va ainsi de l’intervention de Nicolas Sarkozy : si elle était ponctuée de « phrases-choc » – « L’Europe ne peut pas accueillir toute l’Afrique. » ; ne libérer les fichés S qu’une fois « leur cerveau remis à l’endroit » – destinées sûrement à montrer à son électorat le plus droitier qu’il n’a pas perdu le sens de la répartie, elle n’était pas particulièrement instructive. Le candidat à la primaire de la droite s’est en fait contenté de répéter en direct ce qu’il affirmait déjà à l’occasion de chacune de ses apparitions dans les médias. Pourtant, ce n’était pas dû à un manque de pugnacité de la part des journalistes : David Pujadas, habitué de l’animation des débats politiques sur France 2, est rompu à l’exercice ; quant à Léa Salamé, après deux ans à interroger des invités politiques de tous bords sur On n’est pas couché, la tâche n’avait rien de nouveau pour elle. Le maire avec qui Nicolas Sarkozy a débattu n’est pas non plus en cause : malgré les tentatives de ce dernier de réduire ses arguments à néant, il a tenu bon tout au long de l’échange. Malgré tout, le visionnage de l’émission laissait un goût d’inachevé, d’incomplétude. L’impression de ne rien savoir de plus finalement – pas nécessairement d’avoir perdu son temps, car les points soulevés par certains des interlocuteurs de l’ancien chef de file de LR étaient assez intéressants. C’est là, je pense, le plus gros écueil de l’émission : est-il lié au concept de celle-ci en lui-même, ou à l’art qu’a M. Sarkozy de faire l’autruche, il faudra regarder d’autres éditions pour le savoir.

Pour cette première, L’Emission Politique laisse donc un sentiment partagé. La satisfaction d’un programme qui se propose de passe en revue les propositions de politiciens de tous bords (le prochain invité est Arnaud Montebourg, pas exactement le même positionnement que Nicolas Sarkozy), l’intérêt face à la façon d’organiser l’émission ; mais aussi l’impression que l’idée n’a pas été exploitée jusqu’au bout, que sa mise en pratique se révèle superficielle. Espérons que les prochaines semaines démentiront ce propos, car l’Emission Politique est, sur le papier, une idée intéressante pour permettre à tous de faire un choix réfléchi lors des élections.

Pour visionner le replay de l’émission (jusqu’au 21/09 minuit) : ici.